Ce que votre corps et votre langage disent de vous avant même que vous ne parliez.

Comment nos émotions façonnent notre façon de communiquer

« …Si les mots sont demeurés les mêmes, ils ne contiennent plus les mêmes réalités.

Pour saisir le monde aujourd’hui, nous utilisons un langage qui fut établi pour le monde d’hier. Et la vie du passé nous semble mieux répondre à notre nature pour la seule raison qu’elle répond mieux à notre langage d’hier. »     Antoine de St Exupéry

Dans notre plus tendre enfance, et jusqu’à principalement l’adolescence, nous enregistrons sans le savoir une multitude d’empreintes émotionnelles dans notre corps, dans notre esprit. A partir de ce que nous voyons, de ce que nous entendons.

La langue maternelle :

Les empreintes linguistiques se gravent dans notre corps — je l’ai déjà évoqué — en construisant notre relation à notre corps, mais aussi dans notre esprit. Elles se forment au fil des gestes, des mimiques, des intonations de voix — joyeuses, déçues, agacées — et de l’ensemble des signaux sensoriels que nous percevons. Peu à peu, ces expériences s’inscrivent comme de véritables convictions profondes signifiées en nous par notre cerveau.

Ce processus se met en place au sein de l’environnement familial, mais également à l’école, dans les cercles amicaux et plus largement dans le cadre social.

Les personnes vivant dans un autre pays, selon l’âge naissance ou installation, le Lexique Mental peut ainsi se construire en deux langues : une langue maternelle, le plus souvent parlée à la maison, et une autre langue intégrée dans l’environnement extérieur. Si vous vous installez à l’étranger vous parlerez peut-être une troisième langue.

Ainsi nous retrouvons un grand nombre de jeunes (ou moins jeunes) qui se trouvent formidablement bien à l’étrange. Une langue acquise hors du contexte affectif primaire porte souvent moins de charges émotionnelles implicites, ce qui peut expliquer un sentiment de liberté relationnelle chez certaines personnes.

Ces expériences, répétées jour après jour, sculptent notre manière de réagir, nos affinités, nos comportements et même nos choix de vie formant un « Lexique Mental Emotionnel » ou LME  construit depuis nos premières expériences relationnelles de vie commençant déjà vers le 5ème mois de vie intra-utérine l’audition est en action.  


Le langage des émotions : LME Lexique Mental Emotionnel qui correspond donc à l’ensemble des associations émotionnelles, corporelles et relationnelles liées au langage, construites dès l’enfance.

 Une construction en trois dimensions qui se combine.

Nos réactions émotionnelles ne sont pas le fruit du hasard. Elles s’organisent selon trois grandes structures comportementales :

1. L’association conditionnée

Comme le chien de Pavlov, nous associons inconsciemment certains stimuli à des émotions précises.
Ce qui, au départ, est une association logique (par exemple, un ton sévère = danger), devient au fil du temps un automatisme complexe : une situation réveille une émotion sans que nous comprenions pourquoi. Nous tentons alors de la justifier rationnellement… sans toujours y parvenir.

2. la programmation comportementale

Nos comportements se sont d’abord construits autour du principe simple : ce qui est récompensé se répète, ce qui est puni s’inhibe (pour simplifier).
Mais dans la réalité émotionnelle, rien n’est aussi binaire : certaines punitions renforcent le comportement, d’autres l’évitement ; certains encouragements créent une dépendance à l’approbation. Ces schémas s’ancrent profondément et influencent encore nos relations d’adulte.

3. Limitation inconsciente

Nous intégrons aussi, sans nous en rendre compte, les attitudes, les mots et les comportements des personnes qui ont compté pour nous.
À force de vivre auprès d’elles, elles deviennent une partie de nous-mêmes. Leur langage, leurs réactions, leur manière d’exprimer l’amour ou la colère s’impriment dans notre propre communication.


Deux langages, une même personne !

Nous parlons donc deux langages à la fois :

  • Le langage de communication de base, celui des mots, de la logique, de la conscience.
  • Le langage émotionnel, totalement inconscient qui se mêle au précédent.

Ces deux langages se superposent et interagissent constamment.
Notre façon de parler, d’écouter, de ressentir ou de réagir n’est donc jamais neutre : elle est le reflet de ce que notre histoire a inscrit en nous.

Il est courant que nous construisions un langage « filtré » et certains le font très bien, entre ce que nous avons en tête et les mots qui sortent de la bouche. L’objectif inconscient est de ne pas dire, ne pas révéler certaines informations sur notre histoire.

Nous parlons donc les uns avec les autres et nous retrouvons des affinités avec des personnes qui semblent parler le même langage.

Exemple : « avec untel, on s’entend bien » le langage, la communication ne va pas réactiver une empreinte émotionnelle, une contrariété, une déception…  au travers d’un mot, d’une expression, un ton de voix. Un risque évité de ressentis profonds. La structure du langage semble similaire alors que

« avec untel on ne s’entend pas ou on ne se comprend pas ». Risque de ressentis profonds, dans notre corps pouvant s’exprimer par des tensions corporelles ou des modifications posturales perceptibles.  

Le langage est donc personnel, intime.

Prenons quelques exemples :

Dans le cadre d’une discussion une des deux personnes s’emportent accusant l’autre d’avoir dit ceci ou cela, pourtant l’autre lui répond « pas du tout, je ne t’ai rien dit, qu’as-tu à te mettre dans un état pareil ? ».

Un enfant qui a dû se taire, ne pas dire, ne pas révéler va organiser son langage en filtrant inconsciemment les mots les phrases énoncées afin de garder une cohérence dans sa communication en ne disant pas. Cohérence qui n’est pas toujours présente.

Il a dû se la fermer, s’est renfermé, se retrouve enfermé.

Un enfant qui a grandi dans un environnement aux comportements incohérents (différence notable et répété entre ce qui est dit et fait) va tenter plus tard de fuir ces comportements « nocifs » incohérents, déstabilisants pour aller vers des relations plus claires, plus saines ce n’est pas toujours aisé, les manipulateurs existent ! Néanmoins il ne sera peut-être pas perçu lui-même par d’autres comme quelqu’un de cohérent.

Ce langage maternel entraine dans l’expression par le langage des processus d’évitements.

Un auteur écrivain, cinéaste. va bien sûr exprimer ce qu’on pourrait appeler sa nature profonde au travers de son œuvre au travers de son intention.

Coacher, soigner, aider, accompagner c’est comprendre la personne qui est devant nous, au-delà de ce qu’elle exprime consciemment. Quels sont les éléments de langage qui lui sont propres, qu’est-ce qu’elle exprime vraiment ?

Concernant la douleur, la souffrance : la douleur est ce que la personne qui la ressent en dit.


Comprendre quel langage nous parlons vraiment, c’est reconnaître que nos mots sont porteurs de nos émotions les plus anciennes.
C’est aussi le premier pas vers un dialogue plus authentique — avec les autres, mais surtout avec nous-mêmes.