Comment l’environnement façonne nos émotions et nos réactions comportementales ?

Le modèle des 3 « M » (Gabriel Choukroun 2020)

Nos émotions, prennent racine et se manifestent pleinement dans notre corps.

La structure de notre mémoire joue un rôle prépondérant dans la manière dont l’environnement, en constante évolution et enrichi de nouveaux stimuli quotidiens, vient réactiver ces émotions et les sentiments qui en découlent. Un sentiment n’est autre qu’une émotion à laquelle notre cerveau attribue un nom, pour tenter de circonscrire sa nature et d’en atténuer l’intensité. Dans le cas particulier des émotions désagréables.

L’empreinte de nos expériences de vie se fait à la manière d’une table de mixage sophistiquée, où les informations visuelles, auditives et kinesthésiques (englobant la proprioception, garante de notre stabilité et de notre équilibre postural, ainsi que notre ressenti émotionnel profond) se combinent. Ainsi, un souvenir visuel ne se limite pas à une simple couleur ; il comprend également sa tonalité, sa luminosité, son grain… autant de détails subtils qui peuvent inconsciemment raviver une situation émotionnelle passée.

Pour comprendre, il faut rappeler le processus pavlovien.

Pavlov a conduit une expérience. Dans un premier temps, il présente gamelle de nourriture à un chien, le chien salive, signal physiologique d’une anticipation agréable.

2 associations de la présentation de la gamelle au son d’une cloche. Le chien salive.

3  uniquement le son de la cloche . De manière significative, le chien se mettait à saliver, démontrant ainsi l’établissement d’un lien entre la vue, le son et la réponse physiologique associée à la nourriture (neurologique, mécanique, biochimique).

Cette expérience met en lumière le lien intrinsèque entre la stimulation sensorielle provenant de notre environnement, le ressenti émotionnel qu’elle engendre et la réaction comportementale qui en découle.

Il est essentiel de considérer la complexité du codage de la situation. Le chien possède également un odorat développé ; en l’absence de la gamelle, il pourrait instinctivement la chercher en reniflant avant de se résigner.

Transposons ce mécanisme à une situation contemporaine. Une personne commande un repas via une application mobile (image mentale du plat, anticipation de l’odeur et du goût, ressenti de plaisir). Si, malgré une notification de livraison imminente, sa commande n’arrive pas, elle peut éprouver une frustration croissante. Elle vérifiera probablement son téléphone, tentera de contacter le restaurant ou le livreur pour obtenir des explications. Cette réaction n’est pas uniquement déclenchée par l’absence de nourriture, mais par un ensemble de signaux (notification, attente) qui activent des souvenirs et des émotions associées à des situations similaires de déception ou d’attente insatisfaite.

La réactivation de situations émotionnelles désagréables ne se limite donc pas à des contextes strictement identiques. Un simple geste, un mot, une expression faciale, une réaction comportementale, en plus des éléments sensoriels tels que la couleur, le bruit ou le son, peuvent suffire à réveiller des échos émotionnels passés. Notre mémoire émotionnelle et le ressenti corporel qui l’accompagne s’enrichissent continuellement au fil de notre existence, de manière extrêmement diversifiée.

Le modèle des 3 « M » (Gabriel Choukroun 2020) propose une structure pour comprendre ce processus :

  • Déclencheur >> Perception >> Réactivation sensorielle complexe (M : Senti-Mental) : Un élément extérieur est perçu et active un réseau complexe de souvenirs sensoriels et émotionnels inconscients.
  • Ressenti émotionnel corporel >> Réaction (M : Comporte-Mental) : L’activation sensorielle se traduit par un ressenti émotionnel physique, qui à son tour influence notre comportement et nos réactions.
  • Besoin de donner un sens (M : Mental) : Face à ce ressenti et à cette réaction, notre esprit cherche à comprendre, à interpréter et à attribuer une signification à l’expérience.

Dans le domaine des relations interpersonnelles, ce processus s’exprime de manière largement inconsciente. La personne elle-même peut ne pas comprendre les origines profondes de son ressenti et de son comportement. Elle peut alors choisir d’encaisser, de se taire, de se replier sur elle-même, ou de chercher à justifier sa réaction en attribuant la cause à des facteurs extérieurs ou de personnes : « c’est de la faute de… », « c’est à cause de… » ce qui peut engendrer une dispute l’interlocuteur se trouvant accusé.

Bien que cette justification puisse être éloignée de la véritable source émotionnelle, elle répond à un besoin fondamental d’expliquer et de donner un sens à son ressenti. Il existe donc une distinction fondamentale entre ce que l’autre fait ou dit objectivement et la manière dont nous le percevons et l’interprétons à travers le prisme de notre propre histoire émotionnelle.

Note : Au-delà du conditionnement classique de Pavlov, d’autres mécanismes fondamentaux structures nos apprentissages et nos comportements, notamment le conditionnement opérant (Skinner), et la modélisation (Bandura). Ces différentes structures interagissent et contribuent à la complexité de nos réactions face à l’environnement.